LES ROIS DE LA SUÈDE
Néon futur
(Label Adone)
Néon futur, la nouvelle galette déjantée des RDLS sonne comme un air nouveau de No future terrestre. Nombreux seront les grands enfants à se régaler sur Nutelle-moi une dernière fois, titre écolo-gustatif à la sauce thon rouge. Les plus jeunes seront touchés par les paroles du Brigadier de l’espace. Ce sage leur donnera tous les conseils nécessaires pour éduquer correctement leur « reme » (Ne laisse pas traîner ta mère) ! Plusieurs générations d’hommes frustrés pourront se libérer en revendiquant leur droit de ne pas incarner le prince charmant. Ils trouveront avec T’aimer normal un hymne à leur coeur. C’est bien connu, être parfait ne sert à rien ! À bas la norme ! Pour toi je serais un blaireau ! Dans la lignée de Best-of n°1, Les RDLS continuent à faire du bien et ce en ne dérangeant toujours personne. À plus d’un titre, il fallait oser chanter ce qu’ils ont écrit. Ils ne sont décidément pas rois pour rien !
Sarah Vert
VINCENT LOISEAU
Saisir l’instant
(Naïve)
Plus connu sous le nom de Kwal, Vincent Loiseau livre là son album le plus personnel et persiste dans la direction qu’il avait prise avec Là où j’habite, en assumant encore davantage son amour pour la chanson française sincère et authentique. Avec de légers accents world et hip-hop, Saisir l’instant reflète parfaitement le caractère épicurien de son auteur. D’une immense richesse musicale, ce disque alterne des chansons autobiographiques et des textes s’inscrivant avec poésie dans la société d’hier et d’aujourd’hui. Grand défenseur de la musique sous toutes ses formes, l’artiste n’hésite pas à flirter avec les musiques cubaines et entraînantes (Au pays des rêves) et les mélodies plus intimes et épurées (Lettres). À travers son grain de voix doux et généreux ou dans certaines montées en puissances musicales, le chansonnier transmet son émotion avec naturel et spontanéité. Un réel plaisir à écouter…
Nicolas Claude
MONOGRENADE
Tantale
(Atmosphériques)
Comme un crawl dans le lac des Laurentides. Comme la descente d’une pente poudreuse dans ce petit coin de Québec qui a vu éclore Tantale, accouché dans un chalet au bout de quinze jours et nuits d’hibernation musicale. Et c’est là tout le souffle que nous offre Monogrenade, un désormais quartet qui fait sensation sur la terre des Karkwa et Pierre Lapointe et devrait bientôt coloniser nos côtes. Capable de nous faire transpirer (Ce soir, Obsolète), cet album possède une innocence et une jeunesse qui bousculent encore un peu plus les limites de la langue française révélant des musiciens aussi à l’aise avec des machines qu’avec des cordes. Mais Monogrenade va chercher au-delà des recettes pop en mobilisant une folk mélancolique et soignée (D’un autre oeil, L’araignée, Immobile). Alors, parmi la douzaine de « tunes » planquées dans cette première récolte, nous gardons De toute façon comme une piqûre de méduse, difficile à faire disparaître.
Arnold Faivre
SYRANO
Les cités d’émeraude
(Auto-produit / L’Autre Distribution)
Heureux qui comme Syrano a fait un long voyage. L’artiste si atypique et créatif est revenu de ses deux années de pérégrinations autour du monde, la besace pleine de sonorités et d'ambiances métissées. Tel un collectionneur méticuleux, il a fait de cette matière foisonnante un déjà cinquième album, surprenant mais ô combien réussi. Un carnet de voyage musical en quelque sorte, pour témoigner de sa soif de rencontres et de sa vision sur notre société à un instant précis. Réaliste, sensible et toujours juste, il ne tombe jamais dans un pathos misérabiliste qu fil aurait pourtant été facile d’adopter au fil de ses dix-huit chansons. Poète, clameur de textes, il nous fait cette fois l’heureuse surprise de mettre davantage sa voix en avant avec grâce et émotion comme dans Santa Maria di Trastevere. L’album le plus abouti et le plus personnel de cet artiste au grand coeur. Intitulé Les cités d’émeraude, en voilà un qui mériterait d’être disque d’or.
Anne-Gaëlle Mesgouez
ASKEHOUG
Je te tuerai un jeudi
(Auto-produit)
Dans la lignée de Smart & Piggy, Matthieu Aschehoug délivre un nouvel opus cyniquement intitulé Je te tuerai un jeudi. Sur fond de chanson-jazz chantée et slammée, le chanteur dévoile à nouveau son esprit rock et hip-hop. Avec une approche du chant semblable à celle de Gainsbourg ou Arthur H, Askehoug propose un album sombre et instinctif. Sans réel fil conducteur, il dresse divers portraits de l’homme actuel, à la fois amant, reproducteur et simple individu immergé dans la société. Askehoug, c’est surtout un artiste imprévisible qui n’emprunte pas les rails des chemins musicaux déjà bien tracés. Mais, comme un poisson fort bien hameçonné, l’auditeur ne pourra plus décrocher s’il décide de mordre à l’appât : certains reculeront devant cet univers singulier quand d’autres craqueront dès la première chanson pour être définitivement pris dans le filet de cet ovni musical...
Nicolas Claude
LES BLÉROTS DE R.A.V.E.L
Renouveau artistique volontairement élaboré en live
(La Tambouille)
Tout est dans le titre ! C’est une formation renouvelée, avec le départ du violoniste et l’arrivée d’un bassiste, qui revient nous présenter son nouvel album live. L’occasion pour le groupe de présenter deux inédits, Calmos et Puzzle et de revisiter d’anciens morceaux. Les nouveaux arrangements laissent la part belle aux riffs électriques, les samples font leur apparition et la basse balance son groove avec efficacité. Cuivres, vents et accordéon n’ont rien perdu au change, et l’énergie qu’ils dégagent est restée intacte. Mis en exergue par les nouvelles sonorités, les textes prennent encore plus de sens, dévoilant plus que jamais leur humour teinté de cynisme. Étrennés lors de la dernière tournée du groupe, les morceaux ainsi réorchestrés semblent avoir déjà fait l’unanimité auprès du public. Ceux qui se définissaient à l’origine comme des Losers n’ont pas fini de nous surprendre, et c’est tant mieux !
Sandrine Palinckx
MOUSSU T E LEI JOVENTS
Empêche-nous
(Manivette Records / Harmonia Mundi)
Voici donc un live bien nommé puisqu’il nous porte vers la vie dans toutes ses couleurs. Guidée par la voix et le verbe de Tatou, la retranscription de l’instant de ce concert donné à Miramas en 2011 se fait chatoyante et même dansante, pétrie de ses rythmes reggae que l’on goûte. Mais, au-delà de la jovialité des Jovents, il y a les mots, indétrônables, incontournables, ces perles souvent précieuses que l’on retrouve chantées qui en occitan, qui en français qui retracent certes Marseille mais la vie de manière plus générale dans sa diversité et dans sa complexité. Le live se fait parfois brut quand il s’ouvre sur les recommandations du MC ou quand il distille l’humour que ce soit dans les textes ou entre les chansons. Empêche-nous, c’est un peu un voyage, une occasion de découvrir une belle incarnation de Tatou dans son projet personnel, tout près de Massilia Sound System. Un album à savourer.
Florence Marek
MOMO
Les enfants sages
(Arttitude / Les Marchands de Couleurs)
Le baroudeur Momo poursuit son voyage musical en s’inspirant des rencontres croisées lors de virées plus ou moins lointaines. Ce nouvel opus débute par Nantes, ville qu’il aime et qu’il chante comme Mano Solo le faisait pour Paris. Les musiques, principalement rock, sont parsemées de guitares Gretsch embellissant les diverses humeurs de ses textes : le désespoir (C’est la merde), la nostalgie du passé (Ce bon vieux temps), l’amour ou encore les moments de peine (Ça sert à ça les copains). La chanson Nationalité est un hymne antimilitariste rappelant qu’il n’est pas nécessaire de marcher droit pour être quelqu’un de bien. Être sage et avoir « des enfants admirables à l’éducation remarquable », n’est pas vraiment sa raison de vivre. Les enfants il les préfère rebelles, reculant sur le trajet de l’école. Momo n’est pas un enfant sage et c’est pour ça qu’on l’aime.
Franck Dufil