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[Reportage] Sémaphore en chanson 2025

Texte : Pauline Savatier

Photos : HMWK

Plein phares sur Sémaphore en Chanson

« À la fin de la précédente édition, je me suis demandé comment faire mieux », explique Hervé Lamouroux. Il faut dire que l’an dernier, le directeur du festival Sémaphore en Chanson avait offert une programmation de rêve à tous les amoureux de la chanson française et des salles à taille humaine. Pour célébrer les 25 ans de l’événement, qui se déroule chaque année au Sémaphore de Cébazat (63), la famille Souchon avait ouvert les festivités avec deux concerts à guichets fermés, et Véronique Sanson avait suivi le tempo pour une double clôture, complète également. Le 16 novembre, après avoir enchaîné deux à trois concerts par soir pendant onze jours, j’avais quitté le Puy-de-Dôme le cœur saturé de jolies mélodies… et la voix cassée ! Cette année, les cordes vocales musclées par un an de vocalises, me revoilà à Cébazat.

 

8 novembre

Pour espérer rivaliser avec une ouverture de festival signée Souchon, il suffisait - évidemment - de convier le reste de la famille ! À 18h, c’est donc Ours qui donne le coup d’envoi de cette 26ᵉ édition. Une entrée en matière tout en douceur, qui nous promène des quais de Lisbonne aux appartements parisiens. Les moments acoustiques suspendent le temps, comme on aimerait le vivre plus souvent.

21h. Salle comble pour Laurent Voulzy et ses quatre musiciens. Derrière eux, des images d’océan. La sensation d’un retour en juillet, d’un dernier baiser volé à l’été. Dans nos six cents voix d’enfants - plus ou moins âgés -, tous ces trucs qui collent encore au cœur, ces refrains indémodables qui font briller les yeux des nostalgiques et des rêveurs. Ces tubes de Voulzy, chantés par lui, repris par nous - ou l’inverse ? Surprise de fin de soirée : un blind test ! Le lyonnais Matthias Bouffay forme des équipes autour de son « Qu’ouis-je ? » déjanté. Est-ce que cela vous étonne si je vous dis que nous avons gagné ?

 

9 novembre

18h. Je casse mon téléphone en dansant dessus, la faute à Sam Sauvage et à ses chansons que j’ai l’impression de déjà connaître. Sa voix grave et son air de noctambule égaré, ses gestes fous comme si Paris penchait, le détail de ses chaussettes rouges sous son costard, un piano voix pour son grand-père, sa poésie moderne… Sauvage, mais cent pour cent pardonné.

À 21h, la sorcellerie continue, mais je n’ai plus rien à écraser par terre… Seulement quelques vagues d’émotions, peut-être. Solann les puise facilement. La jeune femme déroule les tubes de son premier album devant une mise en scène presque médidative. Des voiles blanches flottent sur le fond de la scène, et moi, « je me suis laissée fondre, gentiment ». (Fondre).

 

10 novembre

La fonte continue. Celle de l’aligot dans mon assiette, mais surtout, celle du public lors du concert de Pierre Guénard. Le rockeur chante l’intime, sa voix ronde réchauffe l’ambiance électrique guitare-basse-batterie. Les textes sont aussi poétiques qu’ancrés dans la quotidienneté de notre époque. Le tempo s’accélère, le Sémaphore est beau quand il lâche prise.

S’invite ensuite un concert très attendu : Le choix de la reine par Thomas Fersen, le raconteur d’histoires à la voix plus feutrée que son chapeau noir. Accompagné par le trio de percussions SR9, dirigé par Clément Ducol, l’artiste propose un spectacle entre théâtre et chanson, revisitant ses classiques et jouant du charme autour de nouveautés délicieuses. Le lendemain au petit-déjeuner, tout le monde en parle encore.

 

11 novembre

Les Rencontres Matthieu-Côte ont été créées il y a seize ans pour mettre en lumière des projets musicaux en voie de développement. Loin de l’esprit de compétition, les huit jeunes artistes jouent pendant vingt minutes pour se présenter à des programmateurs. À l’issue de la soirée, les professionnels leur proposent des dates de concerts ou de résidences partout en France. Cette année, nous avons pu découvrir Copycat (prix du jury et du public), Malaka, Prattseul, Borduas, Johanna Baget, San-Nom, Ilan Sellouk et Lili Em. Un défilé de talents francophones que je vous invite à découvrir.

 

12 novembre

Le deuxième album de Brigitte Fontaine en 1968 devait s’intituler L’homme objet, mais son producteur de l’époque a décidé - sans le consentement de l’artiste - de le nommer Brigitte Fontaine est folle. À 18h, Martine Chanteur propose un spectacle qui raconte Brigitte autour de ses chansons, réorchestrées par un quatuor à cordes et des nappes électros. Une bouleversante redécouverte des textes pour celles et ceux qui ne se trouvaient pas assez punk pour écouter la poétesse.

À 21h, Vincent Dedienne entre en scène, s’accoude au piano, et c’est un de mes coups de cœur du festival. Son dernier one-man-show change de costume, les sketches ont été mis en paroles et en musiques par Jeanne Cherhal, Ben Mazue, Alex Beaupin, Delerm… Quel salut respectueux à la chanson française ! Nous écoutons, silencieux et rêveurs, comme des enfants à l’arrière d’une voiture branchée sur Nostalgie. Nous ne pouvons retenir le paysage, mais nous garderons toujours la bande-son héritée de nos parents. Nous rions, les souvenirs d’enfance débordant des yeux, goûtant à l’art de la nuance promise par les grands artistes.

C’est parti pour trois soirées d’afters déjantées avec Maud Amour, Fursy Von Colmar, L'oiseau Joli et Martin Poppins. Des perruques, un accordéon, des chansons mythiques et des hauts talons. Un spectacle pour « défossiliser » les réac’ et rire à mettre nos faux cils en vrac.

 

13 novembre

Quelles femmes ! Emilie Marsh, d’abord. Je ne l’avais jamais vue sur scène. Dès la première chanson, l’artiste ayant fait la couverture de FrancoFans cette année me semble pourtant incontournable. C’est elle qui dessine les contours. Sa voix nous enveloppe de notes graves et sensuelles, d’une poésie rock épurée. Derrière ses verres bleus, hypnotiseuse peut-être, concert à la beauté fragile : « c’était comme toujours flotter », possible ? (Dani Song)

La guitare d’Emilie laisse la place au piano de Jeanne Cherhal. En ce 13 novembre 2025, les pensées veulent se poser sur Paris, mais elles sont rassemblées par la minute de silence proposée par l’artiste : le cri de la paix n’en sort que plus saisissant encore. Rideau à paillettes et groove au bout des doigts, Jeanne embarque le Sémaphore au rythme de ses nouvelles chansons. Qu’elle conte le quotidien ou qu’elle danse sur son piano, la musicienne crée une ambiance classe et populaire, embrassée par un public qui a besoin de se sentir uni.

 

14 novembre

La voix d’Alex Montembault m’avait transpercé le cœur lorsque j’ai vu (trois fois !) Starmania. S’il était prodigieux en Marie-Jeanne, il est absolument délicieux de le voir se raconter autour des chansons de son premier EP. Certains artistes un peu mégalos prennent plus d’espace que leurs chansons. Ce soir, je vois un musicien jouer aussi bien du piano, de la guitare, du chant, que de la finesse et de la discrétion. La beauté de la musique peut respirer, et nous avec.

21h. Lumière sur Terrenoire. Les frangins stéphanois font une halte puydômoise dans leur « slow tournée ». Ils souhaitent prendre le temps de mener des actions culturelles dans les villes qui accueillent leur concert. Raphäel et Théo ont encadré un atelier d’écriture dans un collège et préparé une chanson avec une chorale locale. Le concert est à leur image : diablement moderne, intensément humain. Leur voix deviennent celles des autres. Je ne sais pas vraiment qui ils sont, mais devant eux, je suis à ma place.

 

15 novembre

Nous les avons découvertes lors des Rencontres Matthieu-Côte. Les deux cousines du duo Copycat reviennent pour une heure de concert. Une basse bleue, une guitare rouge, une boîte à rythmes, et des chansons qu’on aurait aimé entendre quand on était ados. Apolline et Zoé ouvrent leur « copy-carnet » et les confidences s’entremêlent dans des titres pop-rock ultra vitaminés, sensibles et terriblement efficaces. Mes voisins de chambre m’ont entendue chanter Oulala toute la nuit ! Oups.

Le B.A.-BA. C’est à ce moment-là que j’ai flanché, l’an dernier. Quelques petits échauffements vocaux entre deux morceaux de Saint-Nectaire, et c’est parti pour le grand final. Les lettres STUVWXYZ comme une dernière carte postale. Depuis cinq ans, les musiciens de Bravo les mecs rejoignent des interprètes d’exception pour un concert hommage à la chanson française, en suivant l’alphabet. Aux voix : Jules, Emilie March, Julie Rousseau, Audrey Joumas, Wally (je me souviendrai longtemps de son interprétation du Déserteur et du silence lui succédant) et bien sûr, le public du Sémaphore. Quel bonheur de partager, sans snobisme aucun, les airs populaires qui ont marqué la langue française. Le festival semble faire son au revoir en chantant tout ce qu’il a appris cette semaine. Dernier refrain : Foule sentimentale. On se reconnaît bien, là. Hervé, comment faire mieux l’an prochain ?

 

www.semaphore-cebazat.fr

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Sandy Blanco (jeudi, 27 novembre 2025 19:37)

    Superbe article merci pour ces retours admirablement bien écrits.

  • #2

    Candice (jeudi, 27 novembre 2025 22:33)

    Wow quel reportage!!! Un article tellement bien écrit qu'il donne envie de vivre l'expérience !
    Merci pour la plume Pauline.