Les 8 indispensables du FrancoFans 53


BOULEVARD DES AIRS

Bruxelles

(Sony)

Pour ce troisième album, ce collectif d’amis continue et réussit à nous surprendre. Ne vivant jamais sur ses acquis, le groupe a décidé d’explorer de nouveaux horizons musicaux sans nous désorienter. Ce nouveau disque se revêt d’un accent flamenco, apporté par l’arrivée de la voix suave de Mélissa (Si je m’endors mon amour). On retrouve aussi quelques incursions dans des sons plus électro, associés à une élocution flirtant plus avec le slam, le tout sans renier le côté festif des débuts. Un pari osé et réussi. Bruxelles est un nouveau voyage textuel et un appel à la rêverie et au questionnement quotidien. La plume du groupe se drape d’une poésie se mariant à des ballades solaires composées de paroles et rythmiques entêtantes (Emmène-moi, On se regarde). Au cours de ce périple, les présences de Zaz et de Pulpul de SKA-P y sont presque anecdotiques !

http://bda-boulevarddesairs.com

Quentin Hingrand


LE TROTTOIR D’EN FACE

Nulle ombre

(MG Productions)

Sept années que Le Trottoir d’en Face écume les scènes. Le groupe orthézien sort aujourd’hui un premier album au titre prometteur : Nulle ombre. Il frappe fort en nous proposant une musique festive et enjouée à souhait, mâtinée de quelques ballades intimistes, telles Demain ou Les Soleils de faussaire, histoire de reprendre son souffle. Un style enlevé qui pallie la noirceur des textes qui traitent entre autres de solitude, d’addiction ou de questionnement face à l’avenir. Les mots sont joliment mis en musique, avec des montées en puissance des instruments qui collent bien aux textes et aux émotions dépeintes : Les fils d’or, Je meurs pour la dernière fois, Lobotomisère... Le ton est juste, dans un esprit qui n’est pas sans rappeler celui des grands frères de Debout sur le Zinc, c’est peu dire ! Nulle ombre au tableau, alors n’hésitez pas à traverser la route !

www.letrottoirdenface.fr

Sandrine Palinckx


LES FRÈRES BROTHERS

Matin, midi et soir

(Tounga Productions)

L’amateur de chanson qui n’a jamais vu au moins une fois en live un spectacle des Frères Brothers a raté sa vie. Heureusement que ce DVD du quatuor pallie cette ineptie et permet aux heureux spectateurs de revivre ce nouveau spectacle, Matin, midi et soir. Inutile de tenter un jeu de mots sur le titre, le groupe s’en est chargé avec brio sur la quatrième de couverture de l’objet. On retrouve ce qui a fait la réputation du groupe : performances vocales a cappella de haute-volée, sens de l’humour concis et malin, mise en scène et accessoires variés et précis. Sur les dix-sept titres, on est conquis par les quinze nouveaux, qu’il serait dommage de vous révéler. Insistons tout de même sur Les colloctionneurs, avec sa liste impressionnante de noms de collections, à la chute burlesque. Le public de La Palène, à Rouillac, où a été enregistré ce spectacle bel et bien vivant ne s’y est pas trompé et a acclamé comme il se doit ce quatuor incomparable.

www.freresbrothers.net

Chris Auziak


LOUIS-JEAN CORMIER

Les grandes artères

(Simone Records)

Auteur, compositeur, interprète, cet ex Karkwa s’était déjà fait remarquer pour sa première tentative solo, Le treizième étage, récompensée par une jolie poignée de Félix. Attendu au tournant, ce deuxième album voit le Québécois enfoncer le clou d’une chanson exigeante sur fond de folk-rock contemporain. Musicalement, l’association guitare-banjo assez omniprésente s’enrichit d’un déploiement onirique de choeurs, cuivres et claviers luxuriants. En jouant avec ses couleurs acoustiques, en creusant des mélodies intimes, Cormier convoque le meilleur du genre : Andrew Bird, Will Oldham, Sufjan Stevens… Les mots défilent dans une farandole d’images et d’impressions, comme pour se rapprocher d’une mystique des sentiments, fragiles à l’épreuve du temps. Réussite portée par quelques chansons bien ficelées comme Le jour où elle m’a dit je pars, ou le titre éponyme, ce nouvel album devrait s’attirer un succès bien mérité.

http://louisjeancormier.com

Jean-Pierre Michy


LE SYNDROME DU CHAT

Les cris

(Auto-produit)

On pouvait se permettre de les apparenter aux Têtes Raides ou aux Becs Bien Zen avec leurs deux premiers albums mais les cinq Nantais affichent désormais un style bien personnel. Mélangeant la chanson au rock, ils se distinguent en effet par leur imprévisibilité. Souvent joyeuses et entraînantes, les mélodies nous aident alors à se vider l’esprit pour mieux entrer dans cet univers poétique et décalé. Dès les premières minutes, on se rend d’ailleurs compte qu’on est face à un vrai groupe dans le sens où la musique et les textes se servent aussi bien mutuellement. Ce bel équilibre devrait donc réunir un large public et même si la musique se veut dansante et populaire, le groupe arrive parfaitement à nous emmener en dehors des sentiers battus. Le Syndrome du Chat est en fait un vrai bazar organisé, reflétant alors bien cette notion de liberté qui plane au-dessus de chacune de ses chansons.

www.lesyndromeduchat.fr

Nicolas Claude


NO ONE IS INNOCENT

Propaganda

(Verycords)

Plus de vingt ans après l’inoubliable La peau, la formation rock à la poésie brutale n’a rien rangé de la hargne qui l’anime. Si la formation avait fait des incursions dans un répertoire mêlant le rock à l’électro, c’est avec un son rock’n’brut qu’il revient aujourd’hui, comme pour insister sur l’urgence d’une situation. On rentre dans le vif dès la première chanson, Charlie, en réponse aux événements obligeant à tirer la sonnette d’alarme, ne pas se tromper d’ennemi et à se battre. Monde en guerre (Drones), de peuples réduits à se taire « Quel que soit le système, silencio... », propagande djihadiste, propagandes démocratiques, Propaganda affiche une vision du monde aussi crue que réaliste. Liens entre passé et présent, discours déjà entendus, méthodes déjà pratiquées, Kémar, chanteur et auteur se montre, malgré la brutalité des musiques, toujours en fin analyste d’un système qui s’autodétruit. Un album à l’énergie salvatrice, No One n’a rien perdu de son efficacité !

www.nooneisinnocent.net

Stéphanie Berrebi


LES HURLEMENTS D’LÉO

Chantent Mano Solo

(Cristal Production / Irfan)

Les Hurlements d’Léo rendent aujourd’hui hommage à Mano Solo, disparu en 2010, avec un double album. En tournée avec ce spectacle depuis des mois, la facilité aurait été d’enregistrer un live mais ils ont préféré entrer en studio avec diverses idées d’arrangements selon les chansons. À l’instar de Bertrand Cantat, Nilda Fernandez, Melissmell ou Les Ogres de Barback, une vingtaine d’artistes est venue collaborer. Certains comme La Cafetera Roja ou Babylon Circus n’ont d’ailleurs pas hésité à véritablement fusionner leur propre univers. Tout en livrant la rage et la poésie spécifiques à Mano Solo, chacun a en effet su garder sa part de personnalité. De la chanson (Je reviens avec Pierre Lebas), du punk (On vous aura prévenus), du rock (Julie), du ska (Il ne suffit pas) : grâce à cette belle initiative bordelaise, tous ces styles se sont donc réunis pour célébrer la carrière d’un écorché vif admirable...

www.hurlements.com

Nicolas Claude


LAUTREC

La cruauté tranquille du quotidien suffit

(So Watt)

Depuis quelques années, le « rap game » tourne en rond en terme de créativité. Les clashs fratricides, l’imitation systématique de rappeurs en vogue outre Atlantique nous éloignant d’un genre pourtant florissant comme l’atteste cet album. À travers ces seize titres, Lautrec se livre à un délicat exercice introspectif, comme une sorte de bilan de vie. La vie normale bien éloignée des clichés du bling-bling. L’amour, le travail, et les désillusions d’un trentenaire de la génération Y. Porte-voix des sans voix, ce trentenaire parisien privilégie le sens à la recherche de la punchline ultime, l’intelligibilité à la technique, le tout porté par les productions de Guts (Ex. Alliance Ethnik). D’abord léger, le propos se fait peu à peu plus grave au fur et à mesure des plages. On pense alors aux premiers albums de Solaar mais aussi à Renaud ou Clarika lorsqu’ils dépeignent avec tendresse nos quotidiens délabrés. Le rap d’ici se porte bien. Merci Lautrec.

http://mclautrec.com

Alex Monv