FrancoFolies de Montréal - partie 1

Par Stéphanie Berrebi

Jour 1

Arrivée le 12 juin, l’ambiance battait déjà son plein puisque le festival a commencé quelques jours plus tôt. Le festival regroupe de nombreuses scènes, concerts en plein air, en bar  ou en salles, autour de La Place des Arts dans le centre de Montréal. Après une première soirée avec le concert de Yann Perreau, autour de son album Le fantastique des Astres, nous rappelant les musiques de films de Burton mais passées sous le cribles d’un son électro-dance, nous attaquons une journée bien remplie en ce 13 juin.

 

En fin d’après-midi, et pour démarrer une belle série de lives, le label Québécois Bonsound a présenté sur la scène Coors Light deux de ses artistes dans une salle comble. Lydia Képinski, entourée d’un pianiste-violoniste et un batteur, a su envoûter son auditoire autour de morceaux rock puissants, elle interprète ses chansons une voix haut perché, un peu enfantine et  dont elle se joue à merveille et une sensibilité à fleur de peau. Philémon Cimon est quand à lui entouré de trois musiciens, de balades mélancoliques en morceaux plus rock, parfois avec des mots crus, en toute sincérité,  Philémon chante ses cicatrices, les ruptures amoureuses, la solitude...

 

Premier concert en salle, avec Alexandre Poulin, un conteur hors-pair pour un show bien ficelé.  Dans une salle chauffée à blanc, le conteur suit son fil rouge tout le long du spectacle : une histoire sur l’alignement des astres remontant à 1700,  que nous raconte Poulin, très drôle entre les chansons. Alexandre Poulin peint des tranches de vie, où se mêlent réel et fantastique.

 

On enchaîne sur le concert en plein air du plus américain des chanteurs français, Baptiste W. Hamon. On replonge dans l’Amérique profonde et son country-blues, on pense à Cohen, à Dylan en se laissant porter par la voix ardente du chanteur. Il rend hommage à travers ses chansons aux poètes, aux militants, aux parcours atypiques de l’Amérique “underground”.

 

Avant dernière étape vers la plus grosse scène extérieure pour (re)découvrir la tête d’affiche du soir, Bernard Adamus. Vingt mille personnes sont là pour acclamer cet artiste atypique à la voix particulièrement rocailleuse, entouré de cinq musiciens et trois choristes. Répertoire traditionnel québécois avec ce mélange de jazz, de country, de vieux rock pour une communion des plus festives. Pour conclure cette soirée riche en émotions, la belle prestation de Marvin Jouno, jeune artiste français aux chansons pop-rock, teinté d’électro, aux textes mélancoliques, conclusion parfaite d’une riche journée.


Jour 2

Ce mercredi 14 était majoritairement placé sous le signe de l’Acadie francophone. Deux parenthèses Québécoises néanmoins, pour nous ce jour, furent  les concerts des québécois Guillaume Arsenault et Louis-Jean Cormier. Le premier est un véritable artisan de la chanson folk, accompagné d’un musicien qui soutient ses balades par des cuivres joués avec subtilité.

 

S’en est suivi un concert "à domicile" de Cormier : un régal. L’humour dont il fait preuve dès son arrivée sur scène en guise de présentation du spectacle installe une ambiance complice, un soutien essentiel à l’artiste qui rentre d’une tournée solo dans des lieux intimistes mais qui hier, devait reproduire cette ambiance face à 1400 personnes. Les passages secrets, titre de cette création, est  un clin d’œil au titre son dernier album Les grandes artères, titre exprimant la mise à nu de ses morceaux de rock atmosphérique originellement riches en instrumentations. Entouré d’une cage de néons, des vidéos hypnotisantes derrière lui, l’artiste envahit l’espace de cet immense Théâtre Maisonneuve, avec sa guitare et sa voix puissante. Un moment de grâce.

 

L'Acadie, Terre fertile de la chanson francophone

La très active association Le grenier musique, militant pour la défense de la chanson francophone en Acadie, nous a offert en guise d’apéritif deux artistes de son cru. Le premier, Joey Robin Haché qui avec son groupe nous a offert un rock de bonne facture dont nous vous avons déjà parlé dans le magazine. Le second nous a ramené au pays des Cowboys. Menoncle Jason, barbu, tout de jean vêtu et chapeau texan vissé sur la tête nous offre un fabuleux moment de country music, en français dans le texte.

 

La soirée Acadie Rock sur la grande scène était montée comme un grand show à l’américaine, avec une création lumières éblouissante, un orchestre présent tout le long du concert pour donner des couleurs plus festives au défilé d’artistes acadien sur scène. Radio Radio, la pêchue Lisa Leblanc, le rocailleux Joseph Edgar, la pop acidulée des Hay Babies, le rock déjanté des Hôtesses d’Hilaire, le hip-hop de Jacobus, l'excellent rock de Pierre Guitard, la crème de la scène acadienne était réunie… Une très belle soirée sur la Grande Scène, où chaque formation se succédait pour un titre, où les artistes se sont retrouvés le temps d’un morceau ou deux… Un rythme du tonnerre, bel instant festif.


Jour 3

Les concerts plein air…

Le rythme est intense sur ce festival à la dizaine de scènes … Les concerts se suivent et ne se ressemblent pas. La tendance est très clairement à la chanson folk dans les découvertes, la formule guitare-voix semble avoir encore de beaux jours devant elle. On peut noter que de ce côté de l’Atlantique, les artistes restent attachés aux instruments organiques. C’est donc avec le chanteur folk Alexandre Désilet, en formule trio que nous démarrons les concerts. On est saisi par la voix du chanteur, nous évoquant celle de Thom Yorke, posée sur le son des deux guitares acoustiques qui le soutiennent.

 

Sur la grande scène à 18h, ce sont les musiques du monde qui ont été honorées par un artiste que nous avions rencontré dans le magazine, Sébastien Lacombe. Comme il le précise lui-même sur scène, ses musiciens viennent de tous horizons : les influences folks de Lacombe se retrouvent mélangées aux sons du balafon et autres instruments africains pour des chansons humanistes. L’artiste rock Violett Pi, s’est prêté du concert solo en guitare-voix ce qui ne nous a pas empêché de retrouver le grain de folie qu’on lui connait sur disque. Bière à la main, il nous parle de l’influence qu’a eu Bukowski dans son parcours et c’est un peu Les contes de la folie ordinaire qu’on retrouve à travers les chansons de l’artiste. En bonus pendant le set, un bien beau duo avec Klô Pelgag.

 

Tête d’affiche sur la grande scène, Tryo dont le succès ici n’a rien à envier à la renommée du groupe en France, n’a pas déçu les 20 000 fans avec un concert haut en couleur, toujours festif et généreux avec son public. Un fan a même eu la chance (et l’audace) de monter sur scène jouer et chanter un morceau... Un bon moment ! Pour finir la soirée, direction la scène urbaine avec une récente révélation Belge : Roméo Elvis. Premier concert ici à Montréal pour la formation hip-hop, et Montréal était bien au rendez-vous pour apprécier l’humour et l’engagement dont ces deux Mc’s et leur Dj ont fait montre. À suivre de près.

 

En salle… Création de Pierre Lapointe à ne pas manquer !

Quel magnifique lieu que la Maison Symphonique de Montréal qui accueille cette semaine une création très spéciale de l’excellentissime Pierre Lapointe. Intitulé Amours, délices et orgues, cette création mêle théâtre, danse, arts plastique, chanson et bien sûr un orgue. L’orgue perd de son côté cérémonial même si avec ses milliers de tuyaux, sa sonorité est exceptionnelle. Mais il s’intègre parfaitement aux guitares, basses, samples, il est joué ici comme d’un instrument parmi tant d’autres. À travers cette création, par le biais souvent de l’humour, de l’autodérision, Pierre Lapointe envoie un message de tolérance (fier d’être gay), rappelle l’importance de s’aimer soi-même pour aimer les autres et laisser chacun vivre sa vie comme il l’entend. L’album La science du cœur paraitra en octobre prochain, il n’a rien perdu de sa verve éloquente. Un spectacle d’une heure et demie qui nous en a mis plein les mirettes.