Les 8 indispensables de la rédaction



ROBERT SPLINE

Istanbul

(Salamah Productions)

Quatre de ces onze titres étaient déjà sortis dans un premier EP il y a trois ans, mais quel plaisir de les redécouvrir au coeur de cet album transcendant et incandescent ! Le beat est lourd et les basses sont puissantes mais la poésie qui ressort de cette voix grave et rocailleuse n’en est que plus belle et audacieuse ! Si son effervescence musicale se montre rapidement enivrante, Istanbul est avant tout un véritable choc des cultures. À travers une rythmique et des percussions qui ne s’essoufflent jamais, Robert Spline nous fait monter en pression en même temps qu’il nous hypnotise par les sonorités orientales des guitares et du violon. Confrontant l’acoustique et l’électronique comme s’il avait le pouvoir de déchaîner les éléments naturels, il nous invite à un véritable voyage émotionnel. À la fois tribal et torturé, le style de Robert Spline dévoile bien plus que de la musique...

www.robertspline.com

Nicolas Claude


AMÉLIE-LES-CRAYONS

Mille ponts

(Néomme / L’Autre Distribution)

Treize ans après la sortie du Porte plume, Amélie-les-Crayons présente aujourd’hui son quatrième album. Toujours un peu à part, la Lyonnaise nous rapproche de la Terre, des éléments, de nos sources. Pour ce faire, si on retrouve toujours le piano comme fidèle compagnon de l’artiste, et des instrumentations riches (clarinette, harmonica, banjo, guitares…), ce sont les percussions, allant des bruitages corporels aux instruments traditionnels, qui sont au coeur des douze chansons, parfois seules accompagnatrices. La voix claire, ensorcelante d’Amélie, soutenue par des choeurs, nous remet les pieds sur Terre, ses mots, ses histoires sont profondément écologistes (Y’a plus d’saison, Le vent dans les éoliennes) et humanistes (Madame, Un enfant). Instrumentations riches mais inspirant la légèreté, un disque poétique et lumineux, qui prône l’amour de la vie, la nécessité de bâtir Mille ponts entre les hommes. Ressourçant.

www.amelielescrayons.com

Stéphanie Berrebi


3 MINUTES SUR MER

L’endroit d’où l’on vient

(HYP)

Leur premier album Des espoirs de singes nous avait cloués à terre par ses qualités poétiques et mélodiques. Ce deuxième nous catapulte en altitude, dimension plus étoffée encore, digne d’un Thom Yorke avec une construction chanson, électro, pop rock, classieuse et nébuleuse. L’artiste Guilhem Valayé a entre-temps laissé son empreinte dans l’émission The Voice, remportant au passage l’amitié de Zazie, gravée ici dans un duo harmonieux, Ce n’est pas nous qui sommes mauvais. L’album dévoile une volonté d’acier à libérer de cette Cage thoracique, un Papillon de chair et d’os, propulsé dans un Ciel de fuite. Sa poésie décline la solitude humaine au milieu du monde, guitare électrique draguant des sirènes de plomb, au fond des océans que recèlent nos coeurs. La batterie subtile s’envole entre les machines, kérozène, uranium, mercure et chrome. L’aplomb et le courage défiant l’inertie et la colère, sublimées.

www.3minutessurmer.com

Zef Cervantès


LIOR SHOOV

Éponyme

(Musique Sauvage)

Depuis 2014, nous suivons de près cette chanteuse d’origine israélienne qui détonne par son style, sa voix grave, légèrement cassée, les émotions qu’elle nous fait vivre. Prenant n’importe quel objet pour instrument, du sac plastique à la cloche d’école, souvent accompagnée de son seul ukulélé, on se demandait comment l’univers scénique si particulier, intuitif, proche du cirque contemporain, allait passer l’épreuve de l’enregistrement studio. C’est en rencontrant feu l’ingénieux pianiste et réalisateur Grégoire Gensse (Toubifri Monumental Orchestra) que Lior Shoov s’est lancée. Plutôt que de reproduire l’univers épuré, autant faire le contraire : les cordes et les cuivres omniprésents viennent s’ajouter à la panoplie de base. Les émotions restent intactes. On voyage, on plane, on se laisse emporter dans les pérégrinations en anglais, en français, en hébreu d’une grande dame de la scène actuelle.

http://liorshoov.com

Stéphanie Berrebi


MULTI-ARTISTES

Elles & Barbara

(Mercury)

Fin avril, au Printemps de Bourges, un spectacle hommage à la grande dame de la chanson était rendu par des artistes uniquement masculins. Le 9 juin, jour anniversaire de Barbara, sort cette compilation dans laquelle treize interprètes féminines revisitent ce répertoire si riche. Pas de surprise dans la tracklist : les plus grands tubes et les plus belles chansons sont au rendez-vous. Le casting est plus surprenant et titille notre imaginaire à sa découverte. On aime la chanteuse lyrique Julie Fuchs dans son interprétation de Göttingen, l’audace de Louane sur Mon enfance, le côté rock de Zazie, le léger accent de Melody Gardot, la force d’Angélique Kodjo sur des instrus géniales. Nouvelle égérie médiatique, Juliette Armanet peine à amener son Aigle noir au niveau général atteint par ce disque. Véritable quatorzième femme du projet, Édith Fambuena signe une réalisation inventive, impeccable, et rend furieusement moderne le répertoire de l’éternelle Barbara.

Chris Auziak


UN AIR, DEUX FAMILLES

Latcho Drom - Live 2017

(Irfan le Label)

Quinze années plus tard, Les Ogres de Barback & Les Hurlements d’Léo sont enfin de retour sur la même scène. Enregistré en janvier dernier, ce live nous fait part de leurs retrouvailles qui joueront les prolongations cet été. Si on retrouve les incontournables Jojo, Mytho et Grand-mère, les douze musiciens nous ont réservé de nombreuses surprises. Entre morceaux inédits (Quand tu seras là-bas) et reprises (La ventura, Pas du gâteau), le groupe a fait de sa diversité d’influences sa plus grande force. Avec des arrangements parfois plus rock et électriques, la formation parvient aussi toujours autant à transmettre ses émotions (La piave, La malle en mai). Ce projet étant avant tout une histoire de rencontres, La Rue Kétanou et Debout sur le Zinc ont par ailleurs naturellement répondu à l’appel. Alternant les instants de nostalgie et de pure énergie collective, Un Air, Deux Familles n’a pas pris une ride !

www.irfan.fr

Nicolas Claude


OTTILIE [B]

: Passage :

(InterneExterne)

: Passage :. Un mot fort de sens quand on découvre le nouvel opus d’Ottilie [B] qui s’offre comme un véritable rite initiatique. C’est en parcourant le monde qu’elle a trouvé l’inspiration, s’imprégnant des sonorités puisées çà et là, leur amenant ensuite une touche électro. Effet instantané, la transe nous envahit, et on se prend à rêver de paysages lointains et de mélopées ancestrales. Peut-être parce qu’elle y met toute son âme, ou que ses mots développent leur musique propre, toujours est-il que la magie opère. Fragile ou envoûtante, Ottilie [B] a compris que la voix était un instrument précieux, et sa maîtrise du chant diphonique est criante de vérité. Et qui dit voyages dit rencontres, en témoignent Le la, titre aux consonances africaines où Christine Salem fait jouer de sa voix et le très poignant Tout doit disparaître dans lequel Denis Péan (Lo’Jo) crée avec Ottilie [B] une réelle alchimie. : Passage :. Une quête du son, de soi, réussie.

www.ottilieb.wordpress.com

Sandrine Palinckx


GAUVAIN SERS

Pourvu

(Fontana)

Premier CD très attendu de ce jeune Creusois de vingt-sept ans qui a fait beaucoup parler de lui depuis deux ans. Les chansons sont touchantes et bien enregistrées, l’album révèle un beau travail et des collaborations prestigieuses. Citons Robin Leduc à la réalisation et aux instruments, Martial Bort à la guitare et Franck Loriou aux visuels. C’est la chanson Pourvu qui a fait craquer Renaud sur Gauvain, on comprend pourquoi : une certaine filiation dans l’écriture sans détours, tendre et réaliste ; des thèmes qu’ils ont en commun, la misère et la guerre. Mon rameau composé (et chanté) avec Clio, très poétique, sur les événements de la Place de la République est percutante et on se dit qu’elle ne serait pas reniée par Leprest, tout comme les deux poèmes non chantés sur le CD. La voix de Gauvain Sers véhicule une certaine fraîcheur de la jeunesse, le thème de la nostalgie du temps d’autrefois est habituellement plus rare chez les chanteurs de sa génération.

www.gauvainsers.com

Annie Claire