Les 8 indispensables de la rédaction



JAMAIT

Mon totem

(Wagram)

Yves Jamait a une voix qui rend son univers singulier et c’est pourquoi il peut se permettre de colorer différemment ses albums sans que sa personnalité ne soit atteinte. Dans Mon totem, ses musiciens réussissent encore à nous surprendre au travers de nouveaux arrangements. Mélangeant les styles au service de la chanson française, le Dijonnais livre une musique qui peut être aussi douce qu’énergique. Toujours entraînante dans ses mélodies, elle dissimule pourtant des textes profonds et des sujets chers à l’artiste. Comme à son habitude, il chante des déclarations si simples mais si bien choisies qu’elles en subliment les sentiments d’amour (Si tu pouvais) et d’amitié (Pas les mots). Les femmes, les amis et le temps qui passe inspirent encore le chansonnier mais il a l’art d’en parler avec une poésie qui ne lasse pas et qui lui est propre. À la fois mélancolique et positif, Jamait nous encourage à prendre la vie comme elle vient pour mieux la dompter.

www.jamait.fr

Nicolas Claude


MOUSSU T E LEI JOVENTS

Opérette - Volume 2

(Manivette Records)

L’opérette marseillaise, ça vous parle ? Vous vous dites que c’est dépassé ? Pour vous prouver le contraire, et parce qu’ils sont attachés à leur culture, Moussu T e Lei Jovents récidivent en vous présentant leur second volume dédié aux artistes marseillais des années 30-40. La première chose qui frappe, c’est la bonne humeur. C’est qu’ils savaient y faire les Scotto, Sarvil, Sellers et autres auteurs-compositeurs de l’époque pour parler du quotidien, et l’on n’a pas de mal à imaginer la douceur de vivre à cette époque sous le beau soleil méditerranéen. Revisités avec des orchestrations plus modernes (mention spéciale pour le banjo), les titres pétillent et vous donnent instantanément la pêche. Tatou excelle dans son interprétation, on sent l’amoureux de son pays ! Avec en bonus une nouvelle compo du groupe, Lo gòt de l’Anais, ce florilège de titres est une belle parenthèse en ces temps moroses. Merci messieurs !

www.moussuteleijovents.com

Sandrine Palinckx


MERZHIN

Nomades

(Verycords)

Au fil des albums, Merzhin va toujours plus loin dans l’exploration musicale et nous propose un son rock bien plus affirmé et brut sur ce nouveau disque. Dès les premiers morceaux, on ressent cet appel qui répond à un sentiment d’urgence, tant le rythme des chansons est haletant et prenant. Derrière les riffs brutaux des guitares, il y a un sentiment de révolte contre l’endormissement et la soumission de notre société. La musique laisse place à une poésie furieuse qui fait éclater une colère salvatrice dans un monde toujours plus sombre (Sans nous). Rien d’étonnant alors d’y retrouver Kemar de No One is Innocent en duo sur Nomades ! Jamais le groupe n’aura été si acerbe et ce n’est pas pour nous déplaire (Encore râté). Il sait aussi faire naître l’espoir en nous, un sentiment renforcé par des sonorités traditionnelles toujours exaltées (Imala, Icapa). Revêtant des aspects plus sombres, cet album est d’une clairvoyance salutaire.

https://merzhin.bzh

Quentin Hingrand


KÙZYLARSEN

Le long de ta douceur

(30 Février)

Coup de coeur absolu pour ce disque qui accompagnera délicatement les petits matins ou les longues nuits... Kùzylarsen opère un virage radical avec ce deuxième opus qu’on a du mal à relier au précédent, Fer de lance. L’esprit rock a cédé la place au shaman, au poète hypnotique comme les sonorités du oud électrique, que l’auteur chatouille avec élégance et simplicité. En duo très réussi avec la talentueuse bassiste Alice Vande Voorde, ils tirent l’oreille aux confins des déserts du coeur. L’amour, la beauté, mais aussi les chagrins et la guerre, tout est fait de miel dans ce projet qui tire avant tout parti de la joliesse. La musique et les mots pétris de sensualité, mais le regard acéré, pas dupe du quotidien. Une belle redécouverte. Côté titres, mention spéciale pour la mise en musique de L’amour et la guerre, poème arabe du huitième siècle, et pour le vertige d’une certaine Danse sur la corniche...

www.facebook.com/LARSENKOUZY

Vanessa Fantinel


V. TIRILLY - S. MIMOUN - F. MARTY - O. HERVOIS

Le grand voyage d’Annabelle

(Édition des Braques)

Dans la famille des contes musicaux pour enfants interprétés par une pléiade d’artistes, je demande Le grand voyage d’Annabelle ! Ce conte narré par Néry, écrit par Vincent Tirilly et composé par Simon Mimoun (Debout sur le Zinc) et Franck Marty, nous emmène suivre une petite hirondelle blessée qui tente de rejoindre sa famille qui a migré sans elle au Sénégal. Au fur et à mesure de son roadmovie, neuf artistes vont nous régaler de chansons rythmées, entraînantes ou plus intimes et douces. Olivia Ruiz, la voix d’Annabelle, sera accompagnée par Alexis HK, Didier Wampas, Carmen Maria Vega et Magyd Cherfi, pour ne citer qu’eux. Les dessins d’Odile Hervois illustrent un beau livret très bien réalisé avec des jeux, devinettes et une sensibilisation sur la migration des hirondelles. Toutes les chansons sont proposées pour une deuxième écoute sans la narration en fin d’album, ce qui est bien pensé pour les enfants connaissant l’histoire.

www.facebook.com/LeGrandVoyagedAnnabelle

Laure Boulaud


JUR

Il était fou

(Cridacompany)

Le groupe Jur est né de la rencontre entre une circassienne et un chorégraphe, c’est dire combien l’esprit de la formation est créatif. Pour l’enregistrement de ce quatrième album, en live, ils sont cinq musiciens (dont le contrebassiste Imbert Imbert) autour de Jur Domingo, chanteuse hispanique saisissante et fascinante. Valse, tango, flamenco, rock, la richesse du groupe vient de sa mixité et les musiques se mélangent dans un ensemble rythmé, entraînant et chaleureux, porté par la voix (en français, espagnol, ou anglais) de la chanteuse. On prend l’ampleur de sa puissance dès l’ouverture du disque et le titre À marée basse puis on ne lâche plus l’écoute jusqu’au magistral final Follow me. Elle chuchote avec son timbre légèrement cassé, elle crie ses joies et peines, elle monte dans les voix de tête (Juste ici)... Jur est d’une rare intensité. Un cabaret composé de contes poétiques sur la folie ordinaire, un regard décalé et malicieux de nos quotidiens.

www.facebook.com/legroupejur

Stéphanie Berrebi


LEÏLA HUISSOUD

Auguste

(Label 440 / PIAS)

Pour Souchon, « chanter, c’est lancer des balles ». Avec une voix proche de celles d’Anne Sylvestre (par son assurance et sa gravité) et de Marie Cherrier (par son espièglerie et son phrasé teinté de gouaille) ainsi que des textes qu’on peut rapprocher de ceux de Lynda Lemay dans leur structure, Leïla Huissoud file cette métaphore dans cet album. Elle questionne le parcours et le rôle de l’artiste, être d’apparence et d’intériorité, de doute sous le sourire, amuseur ou veilleur (Auguste, La farce), charmeur ou éveilleur de conscience. La chanteuse aborde aussi le sujet sous l’angle de sa propre vie : de ses influences (Le vendeur de paratonnerres, clin d’œil à Brassens) à d’autres sujets plus intimes, tendres, ou piquants de nostalgie (Jolies frangines…). Pas toujours besoin d’un nez rouge pour attirer l’attention, pour son tour de piste, ou plutôt son tour de chant, la chanteuse jongle avec les mots et la musique, et tel l’Auguste, elle révèle un univers plein de facétieuses facettes.

www.leilahuissoud.com

Hélène Lachambre


FRED NEVCHÉ

Valdevaqueros

(Internexterne)

Dans une ère de singles, Valdevaqueros s’inscrit à contre-courant. Entrer dans cet album, c’est suspendre le temps pour plonger dans une rêverie crépusculaire et glacée. Devenir peu à peu cet inconnu abandonné dans une périphérie déserte errant entre entrepôts et bretelles d’autoroute. Alternant séquences instrumentales à base de claviers synthétiques et poésie scandée, Nevché nous hypnotise pour mieux nous plonger dans son voyage urbain. De cet ensemble cohérent, on relèvera la délicatesse et le dépouillement de L’amour est allé voir ailleurs et le fantastique Moi je rêve de Johnny souvent, ses guitares à la Vampire Weekend et ce couplet : « Au centre à la périphérie / l’urbanisme des villes c’est le même kit d’aménagement / le même décor de tournage aux palissades de rêve / les drapeaux tricolores flottent aux fenêtres / comme quand on est en finale tu sais / quand l’horreur nous rattrape en plein coeur de Novembre, au début de Janvier. »

http://nevchehirlian.com

Alex Monville