Les 8 indispensables de la rédaction



DANI BOUILLARD

Technicolor

(Microcultures)

Deuxième album solo et pourtant déjà une solide expérience de guitariste aux côtés de The Do, Seb Martel, Hindi Zahra, Hugh Coltman (pour ne citer qu’eux). Dani Bouillard nous propose Technicolor. Résolument pop, des touches funk, new wave, jazz ou blues se faufilent ici ou là. Définitivement classe, cet album est d’une homogénéité redoutable. D’une richesse harmonique accompagnée de mélodies ciselées où la tessiture vocale de l’artiste vous empoigne. Et quel bonheur d’écouter des paroles signées Gérard Blanchard. Poète à n’en pas douter, il a ce don d’évoquer des sujets cruciaux avec une plume piquante, toujours bien sentie et d’une imagerie sans limites, où (accrochez-vous) « la vagabonde piscicole de Schubert exhibe nue ses écailles au Caire. » Mentions spéciales pour Les ritournelles qui ouvre l’album ou Technicolor, qui signe un bel hommage à Truffaut. Douze titres qui suintent le talent sobre.

www.danibouillard.com

Mathieu Gatellier


LES YEUX D’LA TÊTE

Murcielago

(Fais & Ris / L’Autre Distribution)

Ce qu’on apprécie le plus avec Les Yeux d’la Tête, c’est sa propension à se renouveler sur chaque album, tout en gardant une base commune : rester festif. Au départ, nos Yeux se tournaient vers l’Est et, après un passage vers l’électroswing, ils se dirigent aujourd’hui vers les musiques afros (Dounia) et caribéennes (Tout de toi). L’ambiance est à la danse et au lâcher-prise. Murcielago, avec ses instruments acoustiques (guitares, saxo, percus, accordéon et cuivres) est un album ensoleillé où souffle un vent de liberté, d’une légèreté nécessaire par les temps qui courent, où même la mélancolie se veut joyeuse. Ainsi, on entame le voyage Tout nu, on passe ses nuits À la belle étoile, on s’enivre et s’énamoure sur Elle savait pas chanter. Murcielago, signifiant chauve-souris, est un album aux compositions riches de ces six mammifères nocturnes qui n’ont rien perdu de leur esprit endiablé.

www.lesyeuxdlatete.fr

Stéphanie Berrebi


CLARIKA

À la lisière

(At(h)ome / Sony)

En ouverture, une envolée symphonique nous invite à nous approcher de « l’horizon aux deux bras offerts ». À la lisière est la suite évidente du précédent album, De quoi faire battre mon cœur. Ces battements naissent des révoltes et des douleurs avec lesquelles on compose. Ici, il est question de ce moment où l’on apprivoise la sérénité et l’on apprend à accueillir ce que la vie offre entre deux âges, entre deux eaux. Clarika parle d’amour et de l’envie d’y goûter toujours, même si ses saveurs changent : L’amour à l’imparfait ou encore Venise en duo avec Pierre Lapointe. C’est aussi ce moment où on cherche le sens, où le doute s’invite (Âme, ma sœur âme). La chanteuse porte à fleur de voix le constat des injustices et la question de la différence (Sous ton cortex, La dentelière, L’azur...). Certains diraient que c’est l’album de la maturité. C’est plutôt celui de la sincérité d’une femme vis-à-vis de la vie et d’elle-même.

www.clarikaofficiel.com

Hélène Lachambre


BASTIEN LUCAS

Fracanusa

(Auto-produit)

Quatre années se sont écoulées depuis son EP, L’autre bout du globe. Alors oui, on attendait son retour avec impatience ! C’est aujourd’hui chose faite avec son nouvel opus, Fracanusa. À la réalisation, puisqu’on ne change pas une équipe qui marche, Daran, qui fait d’ailleurs des incursions sur l’album, notamment sur Il m’a semblé te voir, texte qui traite de cette perte d’un être cher qui rend l’absence obsessionnelle. Vous l’aurez compris, l’univers de Bastien Lucas touche à l’intime, avec beaucoup de sensibilité d’ailleurs, une sensibilité renforcée par le jeu des instruments, très aérien, mélancolique parfois, apaisant souvent : Où aller, Petits, 21 décembre… On retrouve avec plaisir deux titres déjà présents sur l’EP, Félins et Si tu, et un titre bonus, Pourquoi, clôture l’album. Celui qui chante « rêver d’un endroit plus dilué où il pourrait se concentrer » semble avoir trouvé son paradis sur Terre. Fracanusa en est le symbole.

www.bastien-lucas.fr

Sandrine Palinckx


LES OGRES DE BARBACK

Amours grises & colères rouges

(Irfan le Label)

Après leurs dernières expériences à plusieurs, que ce soit avec Un air, Deux familles, Le Bal Brotto-Lopez ou La Tribu de Pierre Perret, Les Ogres sont de retour à quatre, cinq ans après Vous m’emmerdez. Avec la flamme au cœur toujours ardente, ils n’ont rien perdu de leur identité et ces quatorze nouvelles chansons en témoignent. Fidèles à leur style, ils mélangent le sourire à l’émotion (Si tu restes), la colère à la poésie (P’tit cœur) et la réalité à la lueur d’espoir (Pas une femme). Ils ont ainsi le don d’aborder des sujets graves et profonds sans que ce soit plombant. Au contraire, c’est avec une bienveillance légendaire qu’ils transforment l’obscur en lumière. Entre chansons acoustiques et musiques du monde, cette même magie s’opère par ailleurs au sein de compositions qui se renouvellent encore. Néanmoins, Les Ogres ne créent pas la surprise : pour cela, il faudrait sortir un album de qualité inférieure à ses prédécesseurs…

www.lesogres.com

Nicolas Claude


ARON’C

L’art et la manière

(Auto-produit)

Difficile de demander plus à un album. L’art et la manière du duo Aron’C condense tout ce qui fait la force d’un disque de chanson rock en français : une énergie sous tension, contenue, mais qui peut exploser tôt ou tard, une interprétation qui vient des tripes, des productions riches et entêtantes, une écriture qui délivre mille sensations en quelques mots. Dire qu’ils ne sont que deux ! Il y a de la vie tout le long de ces douze titres : on la célèbre, on la nuance, on l’engueule, on essaie de l’apprivoiser, on en a soif malgré tout, dans des ambiances à la fois réalistes et rêvées. Cela fait des années qu’Aron’C arpente inlassablement les villes de France. Ce mode de vie se ressent, tant la route et les rencontres rythment les chansons. Un cheminement sans concession qui se conclut par l’excellent Mes mains ma guitare, témoin de l’authenticité et de la générosité qui imprègnent le quatrième disque de ce duo, à la personnalité bien trempée.

http://aronc.fr

Chris Auziak


DES FOURMIS DANS LES MAINS

Un grand feu

(Label Folie)

Des Fourmis dans les Mains poursuit son ambitieuse aventure poétique et musicale avec ce cinquième album. Laurent Fellot en a écrit tous les textes et partagé la composition des musiques avec Camille Durieux et Corentin Quemener, ses partenaires privilégiés. Il s’est entouré des beaux musiciens qu’on retrouve dans la formule du groupe en septet. Dans cet album, il y a des chœurs, il y a du rock, il y a des cordes ; des moments où l’on plane, d’autres qui prennent aux tripes. Laurent y chante la campagne, celle du Beaujolais où il vit. Il évoque le grand âge qui vient, mais « suffit qu’on s’touche pour savoir qu’on n’est pas vieux ». Il chante la mère et l’enfant, l’amour et les autres, les bisons et les paysans. « Un grand feu, celui du cœur et du vivant… pour Higelin et pour Brassens » - Ferré aurait pu être aussi une belle référence pour Les Fourmis - conclut comme un feu d’artifice ce magnifique album.

www.desfourmisdanslesmains.com

Yves Le Pape


AUREN

Numéro

(Bellevue)

Un album d’une chanteuse française produit par Joey Burns, chanteur de Calexico, et enregistré au Texas, cela démangeait notre curiosité et pour cause : la réalisation soignée aux sonorités harmonieuses, assez minimalistes, met en valeur la voix de la chanteuse et laisse toute la place nécessaire aux textes. Il serait difficile de choisir parmi les onze chansons qui composent ce disque particulièrement abouti, aussi bien musicalement qu’au niveau de l’écriture, où aucune note et aucun mot ne sont en trop. Auren nous dépeint des portraits de femmes tous plus attachants les uns que les autres. Des femmes tantôt fortes, tantôt fragiles, des amoureuses, des déçues, des hésitantes, des battantes, des rêveuses et des pragmatiques : une galerie complète abordée de façon tendre et drôle. Un album folk et très mélodique, suffisamment varié pour qu’on ne s’ennuie jamais. À écouter et réécouter souvent.

www.auren-officiel.com

Julie de Benoist