Les 8 indispensables de la rédaction



JEANNE PLANTE

Chafouin

(Les productions du Tac au Tac)

Si le monde entier était Chafouin comme elle, il se porterait bien mieux. Après un passage remarqué dans la chanson jeunesse, revoilà notre Plante plus coquine, plus fantaisiste que jamais, à travers cet album conçu pour un spectacle qui promet. Une rythmique joyeuse, et des instrumentations légères élaborées au ukulélé, percussions, violon, Rhodes avec des chœurs pour un résultat euphorisant. Elle a, dans son écriture, quelque chose d’une Brassens au féminin, d’une digne héritière de Juliette, de ceux qui nous font rire et sourire par leur irrévérence. Impossible de ne pas esquisser un sourire à l’écoute de Je jouis (coécrite avec Fred Raspail), La vie c’est jamais comme on veut ou Le détail qui tue. Des histoires de nos quotidiens passées au crible d’un imaginaire fantasque, d’une femme qui sait être crue sans jamais tomber dans la vulgarité, et fait montre d’un humour subtil, appuyé par ses talents de comédienne.

http://jeanne-plante.com

Stéphanie Berrebi


PIERRE PERRET

Humour liberté

(Adèle / Irfan le Label)

Roulements de tambour, le Perret nouveau est arrivé ! À quatre-vingt-quatre ans, sa verve et sa joie sont toujours intactes. Accompagné par pas moins de soixante musiciens, il livre encore un disque inspiré aux arrangements classieux. Courageux et pertinent, PP aborde avec discernement des sujets pas simples comme l’immigration, la pédophilie et les attentats de Charlie Hebdo. Solide quand il se fait grave, peut-être nous surprend-il un peu moins quand arrivent les ficelles attendues du registre grivois et léger qui a fait sa marque de fabrique. Ce n’est rien. Ses souvenirs (Mémé Anna, La ouananiche), ses chansons à liste (Django, Ma France à moi) et sa vision de l’amour (Ils se gourent), sont au niveau. Paroles à tiroir, clins d’œil et références se décantent au fur et à mesure, au son d’une voix espiègle qui sait d’avance qu’elle va envoyer des bons mots. Rythmés par l’humour et la liberté. Comme toujours.

www.pierreperret.fr

Benjamin Valentie


ÉVELYNE GALLET

La fille de l’air

(Z Production / Inouïe Distribution)

Après un troisième album acoustique enregistré dans des conditions live, Évelyne Gallet prend le contre-pied pour La fille de l’air, branche les guitares, s’accompagne de six musiciens et d’une panoplie d’instruments (cuivres, claviers, percussions...) et s’envole vers des sonorités pop-rock. Un album rythmé et entraînant qu’on prend plaisir à réécouter et redécouvrir pour ses arrangements riches. L’interprète qui reprend, comme sur chaque disque, des textes de Patrick Font et Mathieu Côte, s’est également armée des plumes de la crème de la scène lyonnaise actuelle : Stéphane Balmino (La fille de l’air), Martin Luminet (On s’emb(a)rrasse en duo avec Dimoné), Reno Bistan (Je ne sais pas) ou encore Max Lavégie (La rumeur). Dans ces chansons écrites au féminin, on savoure, portées par la voix puissante de notre rousse préférée, des chansons intemporelles et humanistes.

www.evelynegallet.com

Stéphanie Berrebi


DIMONÉ & KURSED

Mon amorce

(Estampe)

Ceux qui ont croisé Dimoné depuis 98 ont été marqués par sa maestria, son verbe haut de poète occitan nourri au rock anglais. Il fête ses vingt ans sur cet album, Mon amorce, avec le groupe Kursed. Bébés furieux du riff, ils l’amènent encore davantage vers des contrées rock qu’il lorgne depuis Madame Blanche en 2008. On préférera d’ailleurs les titres qui ne transigent pas avec cette envie-là, comme C’est nickel, La fuite, Tangue. C’est là le bon endroit pour sa voix, lui qui parle dans ses chansons de tiraillement, de recherche de la place juste (La grande allée, Lyon ou Le Nord). Petit regret tout de même que ce son lorgnant plus vers le rock FM que vers les Clash. Reste que Dimoné livre une fois de plus un beau combat à la chanson française (« Je te garde mes poings, vas-y prends mon chagrin »). Un album au-dessus du lot dont on retiendra particulièrement Les pages, passionnant et brutal inventaire où sa voix est plus sensuelle que jamais.

http://dimonelesite.com

Pierre Marescaux


CADILLAC

Originul

(Etic System)

Membre éminent du Stup Crou, Cadillac a décidé de tracer un bout de route en solo et nous prouve qu’il en a sous le capot. Pour rappel, Cadillac, c’est celui qui braille, qui hurle faux mais qu’on adore ! Ici, il a géré seul l’écriture et la réalisation de chaque morceau... King Ju et Mc Salo assurant quelques featurings, on peine même parfois à dissocier cette expérience en solo de l’aventure avec le groupe... Entrecoupé d’interludes qui nous plongent dans le cinéma des années quatre-vingt, Originul est un vrai condensé d’énergie au service du rapcore. Néanmoins et c’est une de ses forces, l’artiste n’use d’aucune vulgarité pour livrer un album satirique et percutant. Si les paroles sont délirantes et que les rimes semblent s’enchaîner sans aucun sens, le MC écrit au final bien mieux qu’il n’y paraît : c’est un peu comme si Cadillac était au hip-hop ce que les Wampas sont au rock...

www.facebook.com/c4di114c

Nicolas Claude


PAR LES DAMNÉ.E.S DE LA TERRE

Des voix de luttes 1969-1988

(Hors Cadre / Modulor)

Il est des disques dont l’importance ne saurait se mesurer au nombre de diffusions radio ou de streams. C’est le cas de ces 24 titres patiemment chinés, compilés de la main de maître de Rocé pour donner à entendre plus que des chansons. Des cris. De révolte, de colère. 24 manifestes politiques et poétiques contre l’oppression coloniale, libérale, patriarcale. Des mots du passé pour éclairer nos futurs. Mais surtout un formidable album de musiques. Le souffle de la liberté d’expression est porté par une incroyable diversité de genres : jazz, free jazz, afrobeat, soul, folk s’entremêlent sans désarçonner l’auditeur dans un entrelacs de sons et d’instruments hétérogènes et épatants. Mille bravos pour cette initiative politique et citoyenne et la justesse de cette sélection. Et « parce que le présent se débrouille mieux lorsqu’il a de la mémoire », écoutez ce disque, c’est un acte salutaire.

www.facebook.com/Parlesdamnesdelaterre

Alex Monville


BERTILLE

Éponyme

(Chansons d’Avril)

On a déjà aperçu cette violoniste sétoise aux côtés de Kebous, Daguerre ou Wallace... Aujourd’hui, c’est en toute intimité qu’elle se met elle-même sur le devant de la scène accompagnée de trois autres musiciens. Auteure et compositrice de ce premier EP de six titres, elle nous plonge au cœur d’une chanson pop au voilage électro et nous immerge dans un univers déjà marqué d’une belle personnalité. Mettant la relation amoureuse au centre de ses chansons avec douceur et poésie, l’artiste nous berce et nous apaise tout en laissant apparaître une vraie dimension passionnelle au fil des morceaux. L’atmosphère musicale peut parfois s’apparenter à celle de Julien Doré à travers son versant à la fois léger, épuré et hypnotisant. Néanmoins, sa manière de livrer ses textes et ses mélodies est singulière et laisse présager d’une belle entrée en solo dans le monde de la chanson alternative.

www.facebook.com/bybertille

Nicolas Claude


MATHIAS BRESSAN

L’imprévu

(Factice / Sowarex)

Voilà un album qui porte bien son nom et qui surprend de la première à la dernière note. Le chanteur-batteur belge fait montre d’une créativité et d’une liberté artistique salvatrices à l’heure où peu d’artistes sortent de leur zone de confort. Accompagné d’Ivan Tirtiaux à la guitare, synthés et chœurs et Gil Mortio aux basses et chœurs également, Mathias Bressan nous offre un album riche et décalé, évoquant un Gainsbourg version 2.0, entre techno, pop, musique bruitiste, rock psychédélique... Chaque morceau apporte son lot de surprises pour un résultat intense et savoureux. La voix de Mathias Bressan se fond dans les mélodies, chante, susurre, chuchote, parle, et se joue des mots. Son regard est décalé, et les images empruntées laissent libre cours à notre imagination. Un ovni musical déjà remarqué (par l’Académie Charles Cros notamment) et remarquable.

www.mathiasbressan.com

Stéphanie Berrebi