Les 8 indispensables de la rédaction



LAUTREC

Hapax

(Modulor)

Renaud a enfin un digne héritier. Il s’appelle Lautrec. À l’heure où le maître s’enlise, un album comme Hapax s’avère être sans doute la meilleure incarnation contemporaine d’une poésie à la fois sociale et sensible. Point de punchlines ici, mais un sens de la formule incontestable - « La clef d’ton coeur c’est ton code PIN » - avec, avant tout, une rare finesse d’écriture. Métaphores et assonances, antonomases et allitérations (« Tant de gens ont leur tribune sur Internet que je vois l’intérieur de vos têtes »). Pour autant, le style brillant ou le flow - souvent remarquable - ne l’emportent jamais sur la musicalité de l’ensemble. Mention particulière au piano vénère de Les gens et aux finesses de production de la batterie du Petit dormeur du Val. Preuve qu’on peut « niquer la police sans baiser la grammaire ». Ni la musique. Hapax ? Un magnifique album de chansons. Contemporain.

www.facebook.com/MCLautrec

Alex Monville


PAUL BARBIERI

Tout est fini depuis le début

(Auto-produit)

Changement de registre radical pour l’ex-trompettiste de La Fanfare en Pétard : comme le suggère le titre, l’ambiance y est en effet bien moins festive ! Aujourd’hui, Paul Barbieri se met à nu sans se cacher derrière une orchestration. Accompagné seulement d’un piano sur la majorité des titres, l’artiste ne peut tricher et livre ainsi ses désillusions avec sa plume et l’alcool comme seules échappatoires. Son écriture rappelle Allain Leprest et Mano Solo alors que son interprétation rejoindrait plutôt celles de Loïc Lantoine (Poème dégueulasse) et Léo Ferré (L’amertume). Épaulé par quelques invités, il teinte alors sa chanson de jazz à travers la batterie (Champignon) ou sublime sa mélancolie au son d’un quatuor à cordes (Mon âme). Suspendant le temps grâce à ses mélodies, Paul Barbieri fait preuve d’une sensibilité déconcertante qui réveille nos propres émotions…

www.paulbarbieri.bandcamp.com

Nicolas Claude


VOLIN

Volcan

(Antipodes Music)

C’est encore tout chose après l’écoute d’Et l’on rêve que j’aborde avec grand appétit le nouvel album des Montpelliérains. D’abord acoustique puis électro-rock, Volin n’a en rien renié ses racines jazz, encore présentes dans la manière de laisser place à l’instrumental dans la plupart des morceaux. Comme un volcan sur le point d’entrer en éruption, Volin est pareil à un corps nerveux d’où s’échapperait le chant profond et doux de Colin Vincent. Tête pensante du groupe, ce dernier cisèle des textes faits de métaphores et de sensations saines, sans contours définis. Clairement nourris d’influences anglo-saxonnes, ces fans de Bashung - ils lui ont dédié un spectacle entier - nous ramènent à l’époque d’Aston Villa et du premier album de Luke. Après plusieurs premières parties prestigieuses et avoir été finaliste Inrocks Lab, le trio a bien toutes les armes pour faire trembler ce printemps.

www.facebook.com/volinmusique

Arnold Faivre


GOULAMAS’K

Resisténcia

(GK Prod)

Actif depuis dix-huit ans, Goulamas’k résiste au temps grâce à sa faculté d’évolution tout en conservant ses fondamentaux. Mélangeant le rock cuivré, le ska punk et les musiques traditionnelles, le groupe délivre un métissage explosif et totalement décomplexé. Toujours dans un esprit de lutte, de résistance et de partage, le groupe alterne français, anglais, occitan et catalan pour mieux rassembler les peuples. Rêvant d’équilibre et de fraternité au sein de ce monde, ces six troubadours à crête déploient alors une énergie omniprésente qui s’avère rapidement fédératrice et contagieuse. Soutenus par de puissantes guitares et une batterie détonante, les instruments traditionnels tels que le bouzouki, le sac de gemecs ou la gralla catalane nous immergent au cœur d’une fête populaire qui respire la vie. Féroce et revendicatif, le son de la garrigue de Béziers n’a pas fini de résonner !

www.goulamas-k.com

Nicolas Claude


ESKELINA

La verticale

(L’Atelier du Pélican)

Son premier album, Le matin du pélican, lui a valu la reconnaissance de ses pairs. Lauréate du Prix Georges Moustaki en 2016, c’est une Eskelina affirmée qui revient nous présenter son nouvel opus, La verticale. À l’écriture et la compo, on retrouve Christophe Bastien et Florent Vintrigner (on ne change pas une équipe qui gagne), lesquels ont été rejoints par Batlik, venu exercer sa plume sur trois titres. Et c’est parti pour une plongée dans un univers vibrant de sincérité et de simplicité, mêlant chanson intimiste, jazzy ou folk. Elle est comme ça Eskelina, elle se livre telle qu’elle est, sans fard, allant jusqu’à évoquer des moments intimes, comme dans ce bel hommage qu’elle rend à son beau-père, Charlie. Elle peut être drôle aussi (L’emmerdeuse, Si proche), ironique (Packaging), mélancolique (Le cèdre), intense (L’hirondelle, Quelqu’un comme toi). Vibrante, passionnée, sereine. À l’évidence, l’artiste a trouvé sa voie(x) !

www.facebook.com/eskelina

Sandrine Palinckx


FRANCESCA SOLLEVILLE

Dolce vita

(EPM)

Un album de Francesca, c’est la promesse d’un équilibre parfait entre des textes minutieusement choisis et une interprétation généreuse. De Ferré à Ferrat, de Leprest à Joyet, notre chanteuse incarne les textes et sublime l’engagement des mots. Nathalie Fortin et Michel Precastelli distillent des ribambelles de notes qui semblent jouer à cache-cache avec la voix tantôt soyeuse, tantôt grondante de madame Solleville. Aux antipodes des dégoulinantes reprises du moment, Francesca ne lâche rien dans l’intensité de ses interprétations. Ses mises en bouche vibrent de sincérité et de rébellion, le poing reste debout pour l’éternité. Trois titres signés Bühler, Pellerin et Piton visitent avec poésie mais sans détour l’horreur au quotidien des réfugiés abandonnés en Méditerranée. Cet album n’est pas dédié aux silences ni aux espaces consensuels. Avec Francesca, la conscience n’est plus un émoi volatil mais un acte de bienveillance.

www.francescasolleville.com

Jean-Hugues Mallot


ARCHIMÈDE

Méhari

(Little Big Music / Sony)

À l’image de cette voiture mythique, le quatrième album d’Archimède cultive sa couleur musicale, celle d’un son vintage entrainant et débridé. Les chansons continuent de flirter entre cette pop si anglo-saxonne et une impertinence nappée de traits d’humour à la française dans les textes. Les choeurs sur Je singe le monkey ou La joie de rompre apportent un côté solaire, tandis que les guitares exaltées sonnent à nouveau de manière sèche et brute. Les frères Boisnard sont sans complexe, et cultivent leur capacité à nous raconter ces histoires qui nous décrochent des sourires sur Je t’aime lowcost, Accroche-toi et des ballades mélancoliques (Rue de la joie, Vivre est un poème) dont ils ont le secret. Le contenu de Méhari est fun certes mais les mots ont cependant un certain côté revendicatif comme sur Fils de, en hommage au père des deux frangins. Rien ne sert de courir, il vaut mieux prendre son temps pour cerner toutes les nuances de cet album.

www.facebook.com/archimedemusic

Quentin Hingrand


RIT

Dangerous man

(Super Records)

Rit revient sur le devant de la scène avec Dangerous man - La véritable histoire de Billy le Hit. Un maxi sept titres plein de verve qui nous plonge dans les plaines hostiles du show business. Au travers du « héros » dont il nous narre les aventures, il évoque le destin d’un homme (artiste) libre. Son personnage, Billy le Hit, se pose en défenseur de la création artistique, se battant « contre le prêt à penser des médias et des marchands d’âme colporteurs de clichés » (La Ruée vers l’Art). Il a la plume audacieuse, dénonce ces pseudos artistes créés de toutes pièces, ce qui lui vaut de voir sa tête mise à prix. Cabale, pendaison haut et court, mort jamais prouvée, la légende de Billy le Hit naît et perdure. Tout ça est narré sur fond de hip-hop bluesy mâtiné de country, un peu dans le prolongement de Western hip-hop d’ailleurs, avec des samples bien amenés, des instrus expressifs. Rit, comme Billy, aime prendre des risques, et c’est plutôt réussi !

http://lesitederit.com

Sandrine Palinckx